Après Charlie, entretenir la vibration

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Humeurs
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Liberté Egalité Humanité
© Crédits photos : lpm

Nous sortons à peine du temps de l’émotion vive et brutale, des réactions citoyennes et spontanées, des mobilisations républicaines ou suggérées. L’élan des solidarités s’est notamment traduit par des rassemblements physiques et spirituels. Les rassemblements font du bien. Ils rassurent, ils réconfortent. Ils sont des impulsions, ils redonnent de l’élan. On s’y souvient ce que veut dire l’humanité.

Vibrer comme des humains libres, libres ensemble

Se souvenir ce qu’est l’humanité ? Se souvenir ce qu’est être humain dans sa délicieuse altérité, ce qu’est être humain dans ces similitudes qui transcenderont toujours, qu’on le veuille ou non, les désaccords et les incompréhensions ? Mais pourquoi devoir se souvenir de cette humanité ? N’est-ce pas quelque chose que l’on ressent normalement en chaque instant ?

Cette humanité qui nous relie tous, l’oublie-t-on dans le flux des évènements du quotidien, dans les écrans de fumée d’une orgie d’informations, dans l’aliénation du travail érigé en valeur ? Oui. C’est un constat, triste, mais c’est un constat.

L’humanité n’est pas un concept philosophique, c’est une vibration. Une vibration qui résonne très fort dans les rassemblements. Ne l’oublions pas, c’est aussi une vibration qui résonne en chacun de nous, en chaque instant du quotidien… Malheureusement on ne l’entend parfois presque plus.

Pour l’entendre mieux, il suffit parfois de la faire vibrer plus fort, tous ensemble, à l’occasion de ces rassemblements et autres évènements du vivre ensemble.  C’est beau, c’est nécessaire.

Mais on peut aussi y prêter une plus grande attention, individuellement, jour après jour. On peut y prêter l’oreille et s’appliquer à faire de soi-même une caisse de résonnance de l’humanité. Une résonnance que l’on porte en soi, bien au-delà des manifestations d’un jour.

Que les chœurs et les accords se prolongent

Depuis le massacre de Charlie, nous avons soufflé fort, très fort, dans les trompettes  de la liberté d’expression. Faisons en sorte que ces vocalises puissantes ne soient pas les premières notes prometteuses d’un mauvais concert, où les chefs d’orchestre, en quelques coups de baguette, endorment publics et musiciens.

Apprenons  le souffle continu pour que les notes ne s’évaporent pas, pratiquons notre liberté d’expression comme on pratique un instrument. Jouons et étudions avec pour ambition de nous améliorer collectivement. La liberté d’expression est l’instrument du citoyen. Ce n’est pas une arme, mais une main tendue. La main d’un individu qui veut ressentir la vibration qui parcoure cette chaîne humaine.

Nous pouvons être tous ensemble au-delà des slogans et des pavés foulés, quelques jours de janvier, par des millions de pieds. Nous devons, tous les jours, faire vivre ce qui nous anime, sans attendre qu’on nous le dise, sans attendre que l’horreur nous y appelle. Le souffle de la liberté d’expression doit être notre hygiène de vie.

Se défaire des dissonances et des parasites

L’écueil que l’on veut tous éviter, c’est cette routine du quotidien. Celle qui laisse de côté nos instruments de joie, celle qui avec le temps nous prive du discernement et ne nous permet plus de reconnaître les fausses notes… pire, celle qui parfois nous fait jouer des fausses notes.

Oui la liberté d’expression n’est pas chose simple, elle se mérite, elle s’entretient. Elle ne veut rien dire sans discernement, sans curiosité, sans tolérance. Notre liberté d’expression a besoin d’oreilles, de critiques et de réponses. Notre liberté d’expression ne peut se réduire à un droit ou un devoir, c’est une exigence de réflexion.

La liberté d’expression, c’est se poser des questions, c’est poser des questions. Alors, oui quand on frappe fort l’idée de liberté d’expression, on répond fort dans la rue, comme un réflexe vital, comme une poussée d’adrénaline. Mais notre instinct de survie est-il aussi fort et virulent face aux morsures quotidiennes, face aux cancers qui nous gangrènent ?

Pratiquons-nous régulièrement des dépistages de l’apathie ? Avons-nous des témoins lumineux qui s’allument quand nous ne nous posons pas assez de questions ? Ou, plus dangereux encore, lorsque nous nous satisfaisons de réponses avant même de nous être posé les questions ?

Restons vigilants face aux mirages narcotiques qui ne nous laissent comme sursauts, que des réveils bien douloureux… Ne nous rendormons pas dans le train-train des chimères de notre modèle de société, ne rêvons pas d’un monde meilleur, n’attendons pas un monde meilleur, soyons un monde meilleur.

Et vous maintenant, qu’allez-vous faire de votre liberté d’expression ?

1 comment

  1. Sabrina P. 13 janvier, 2015 at 15:52 Répondre

    Faire le point à l’intérieur de moi, pour ne pas laisser les autres dicter ma façon de penser et d’agir. Faire le point sur ce qui a de la valeur dans la vie pour moi. Organiser mes réflexions dans ce sens et les poser par écrits. Enfin partager de manière positive et constructive mon angle de vue afin d’ouvrir à la discussion et construire ensemble des solutions concrètes. Bref, faire ce que je fais depuis déjà plusieurs années, en total autonomie et responsabilisation, mais cette fois-ci peut être m’unir un peu plus pour permettre une construction à plus grande échelle. Visiblement, il est important et urgent de s’exprimer plus fortement!

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